Inlassablement, lors de la présentation du parcours du Tour de France, les remarques fusent : « ce n’est pas le tour de la France ». En effet, depuis de très nombreuses années, la Grande Boucle ne fait plus le tour de la France en longeant les frontières et le littoral. Et vous explique pourquoi !
Depuis plusieurs années, le parcours du Tour de France ne fait plus le tour de la France. D’ailleurs, lors de sa création en 1903, la course d’Henri Desgrange n’a pas fait le tour de l’hexagone pour sa première édition, évitant le Nord, le massif des Vosges ainsi que la Bretagne, rien que ça.
De 1906 jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le Tour de France ressemblait à un tour de la France avec près de 5 500 kilomètres à parcourir. Mais aujourd’hui, ce n’est tout simplement plus possible. Pourquoi le Tour de France ne fait pas le tour de la France ? On vous explique tout.
Des règles UCI imposent une distance maximale pour les Grands Tours
Depuis plusieurs années, l’Union cycliste internationale (UCI, qui n’est autre que l’instance dirigeante) a établi un règlement qui stipule qu’un Grand Tour ne peut excéder les 3 500 kilomètres. Pour rappel en 1926, le Tour de France a connu son édition la plus longue avec 5 745 kilomètres. Le Belge Lucien Buysse s’était imposé.
La distance des Grands Tours est limitée à 3500 km et les organisateurs peuvent être autorisés à inclure au maximum deux étapes de plus de 240 km et de moins de 260 km sur dérogation accordée par l’UCI.
CAHIER DES CHARGES ORGANISATEURS de l’UCI
Pour rappel, si l’on devait faire exactement le tour de la France, les coureurs devraient parcourir près de 6 750 kilomètres, soit deux fois ce qui est autorisé par l’UCI. Suivre l’ensemble des frontières et du littoral est donc tout bonnement impossible. Aujourd’hui, les organisateurs composent avec les régions et villes qui souhaitent accueillir la course, mais aussi un tracé qui donnera lieu à un scénario offensif.
Christian Purdhomme, le patron du Tour de France, a d’ailleurs révélé quelques secrets sur la génèse des tracés : « C’est simple, quand on a fixé le lieu du départ, on sait où on va aller mais également où on n’ira certainement pas. On peut nous reprocher de ne pas aller à tel endroit en 2023, mais moi je sais qu’on y passera dans deux ans. Le Tour se construit sur la durée, on ne se pose pas en se disant : Tiens, qu’est-ce qu’on va faire l’année prochaine », avait-il dit auprès de L’Équipe.
Des régions délaissées
Au-delà de la règle des 3 500 kilomètres maximum pour un Grand Tour, le Tour de France ne fait pas le tour de la France pour d’autres raisons. Faire le tour de la France reviendrait à délaisser certaines régions et par exemple le Puy-de-Dôme qui est revenu en 2023, 35 ans après sa dernière apparition. Ces changements permettent à chaque région d’accueillir au moins une fois tous les deux à trois ans le passage du Tour de France.
De plus, faire le tour de la France reviendrait à faire un parcours identique chaque année. L’objectif des Grands Tours et des courses à étapes de manière générale (au contraire des courses d’un jour, ndlr) est de proposer un parcours différent chaque année avec ses spécificités. Plus de montagnes, plus de contre-la-montre, plus de sprint, des pavés… Bref, tracer le parcours du Tour de France est un savant mélange entre ce que peuvent offrir les régions de France en termes de topographie de terrain pour donner un nouvel attrait à la course chaque année.
Départ à l’étranger : augmenter la popularité
L’autre grand débat qui est soulevé chaque année : les passages et les Grands Départs à l’étranger. C’est en 1954 que le Tour de France est parti pour la première fois de l’étranger, à Amsterdam aux Pays-Bas. Depuis, les organisateurs ont pris l’habitude d’exporter le départ du Tour. Il existe plusieurs raisons à ces Grands Départs hors hexagone. Aujourd’hui, le Tour de France est une marque. Et le fait de partir de l’étranger permet de faire grandir l’intérêt de la course hors des frontières. Les Grands Départs de Bilbao (2023), Copenhague (2022), Bruxelles (2019) ou encore Leeds (2014) ont été de franches réussites en termes d’images et de popularité.
En plus de 100 éditions, le Tour de France se doit aussi de se renouveler. Ces Grands Départs de l’étranger permettent de varier les parcours d’année en année. Mais il ne faut pas se leurrer non plus, l’aspect financier joue derrière ces attributions. Une ville doit avoir les moyens d’accueillir une épreuve comme le Tour de France. Et les grandes villes françaises n’ont pas forcément les possibilités d’organiser le Grand Départ tous les ans.
« Ce qu’on a vécu au Danemark nous montre à quel point la ferveur du Tour de France peut s’exporter. C’est en allant dans ces pays qu’on va trouver de nouveaux fans. Mais il n’y a pas de Copenhague ou de Bilbao possibles sans Castelnau-Magnoac et de Lacapelle-Marival. Le Tour, ce sont des grandes villes à l’étranger, mais aussi nos villages français. C’est cet assemblage qui fait sa force », avait alors déclaré Christian Prudhomme lors de la présentation du départ du parcours du Tour de France 2024 à Florence.