Suite de notre série… Dans ce deuxième épisode, on se demande pourquoi la route du Tour de France a abandonné pendant 35 ans la mythique montée du puy de Dôme.
L’organisation d’une arrivée a longtemps posé problème, soulevant des questions techniques, autour de la sécurité et de l’environnement. Entre la protection nécessaire d’un site naturel classé à l’UNESCO et le puissant désir de renouer avec un théâtre majeur du sport cycliste, il a fallu faire des concessions pour retrouver le bon vieux volcan sur la carte du Tour de France 2023.
La série « puy de Dôme » du Tour de France 2023 sur TotalVelo :
- 1 – Un sommet mythique du Tour de France
- 2 – Pourquoi le Tour de France peut-il revenir au sommet ?
- 3 – L’étape la plus prestigieuse du Tour de France 2023
Une route difficile pour accéder au sommet
La seule route qui monte vers le puy de Dôme suit la trace de l’ancienne voie de chemin de fer, en service entre 1907 et 1926, qui reliait Clermont-Ferrand au sommet. Toujours déficitaire, le train a été abandonné pour une route carrossable. Ainsi, la montée du puy de Dôme a longtemps été une voie privée payante accessible en voiture, la barrière de péage marquant le début de la « véritable » ascension de 4,1 kilomètres.
Gérée par le Département depuis 1987, la route du puy de Dôme a été définitivement fermée aux voitures et aux cyclistes en 2010. Le train à crémaillère inauguré en 2012 est devenu l’unique voie d’accès au sommet par la « trace historique ». Sa construction a réduit la partie asphaltée à 3,5 mètres de large.
Le puy de Dôme, un site UNESCO à protéger
Dans l’intervalle 1988-2023, le vénérable volcan a fait l’objet d’une attention toute particulière. On a voulu préserver ce site naturel et le mettre en valeur en développant un tourisme responsable. Les véhicules et les bus n’ont plus eu accès au sommet et le « Panoramique des Dômes » (le nouveau train à crémaillère) a propulsé le puy de Dôme parmi les sites touristiques emblématiques de la région (400 000 à 450 000 visiteurs par an). Déjà intégré au parc naturel régional des Volcans d’Auvergne (1977), le puy de Dôme a bénéficié d’une nouvelle reconnaissance ces dernières années. Il a reçu le label Grand Site de France en 2008 et décroché l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2018 (pour la Chaîne des Puys – Faille de Limagne).
Les raisons de la longue absence du puy de Dôme dans le Tour
L’effort de préservation du puy de Dôme ne suffit pas à expliquer sa longue absence dans le Tour de France. Après tout, et même si rien n’est comparable, le Mont-Saint-Michel (autre site UNESCO) a bien accueilli un Grand Départ du Tour (2016). Le classement à l’UNESCO impose un cahier des charges strict à l’organisateur, mais le site honoré n’en devient pas pour autant inaccessible. Dans le cas du puy de Dôme, de nombreuses raisons ont été évoquées pour expliquer l’impossibilité d’une nouvelle arrivée au sommet. Le label UNESCO, la route trop étroite avec le train à crémaillère, le cul-de-sac au sommet qui complique le dispositif d’évacuation, un blocage politique… On a même parlé d’un différend financier entre l’organisateur du Tour et l’ancien propriétaire de la route.
« Objectif puy de Dôme », le rêve de Christian Prudhomme devenu réalité
Jean-Marie Leblanc (directeur du Tour de France entre 1989 et 2006) avait abandonné l’idée de réintroduire le plus célèbre des volcans d’Auvergne dans la course. Quand il est arrivé chez ASO en 2004, son successeur Christian Prudhomme a identifié son dossier prioritaire avec un titre explicite : « Objectif Puy de Dôme ». En amoureux de l’histoire de la Grande Boucle, il a toujours rêvé de replacer le géant endormi sur la carte.
Son espoir va se concrétiser le 9 juillet prochain, sur la 9e étape du Tour de France 2023, entre Saint-Léonard-de-Noblat et le puy de Dôme. Elle partira de la commune de Raymond Poulidor, en hommage à celui qui a largement contribué à forger la légende du volcan.
Tout le département du Puy-de-Dôme mis à l’honneur
Le puy de Dôme a pu revenir dans le Tour de France 2023 parce que le projet a bénéficié d’un soutien politique qui lui a manqué par le passé. Le 24 juin 2022, Christian Prudhomme, Laurent Wauquiez (président de la Région Auvergne-Rhônes-Alpes) et Lionel Chauvin (président du Conseil départemental du Puy-de-Dôme) étaient réunis au sommet du volcan pour une opération repérage et communication qui ne laissait aucun doute. Il n’en fallait pas beaucoup plus pour agiter les gazettes locales et les fans de vélo ! On pensait alors que l’arrivée au puy de Dôme serait servie au menu du Tour 2024, pour fêter les 60 ans du mythique duel Anquetil-Poulidor. Après la dernière visite de 1988, l’attente a finalement été plus courte que prévu, un comble !
L’appui de la Région et du Département a été décisif pour obtenir le retour au puy de Dôme. Ce n’est sans doute pas un hasard si le département du Puy-de-Dôme se taille la part du lion dans cette édition 2023. Il va accueillir le Tour pendant quatre jours, en comptant la journée de repos à Clermont-Ferrand. Un juste retour des choses !
Une montée du puy de Dôme sans public, avec une zone technique allégée au sommet
Le retour du Tour au puy de Dôme n’a été permis que sous condition, l’organisation devant respecter les règles de la Convention du patrimoine mondial de l’UNESCO. La zone technique sera allégée à l’arrivée et l’essentiel du dispositif sera installé un étage plus bas, sur le circuit de Charade. Surtout, aucun public ne sera admis sur les quatre derniers kilomètres d’ascension. Du côté des services du Département, on envisage même l’utilisation de drones thermiques pour débusquer au petit matin du 9 juillet ceux qui auraient eu l’idée de camper sur les flancs du volcan.
La route du puy de Dôme a été exceptionnellement ouverte le 2 juin dernier, pour permettre aux coureurs du Tour de France de repérer les lieux. Jonas Vingegaard, David Gaudu, Egan Bernal, Adam Yates, Matteo Jorgenson… Les principaux leaders engagés sur le Critérium du Dauphiné ont pu découvrir les pentes terribles du volcan.