L’Angliru est-il le pire sommet jamais escaladé en Grand Tour ? Alberto Contador est le seul double vainqueur de l'Angliru (2008, 2017). Photo Cor Vos

Avec ses rampes terribles à plus de 20%, l’Alto de l’Angliru est le sommet le plus effrayant inscrit au patrimoine du Tour d’Espagne. Cette montagne des Asturies a marqué les esprits dès son introduction sur le parcours en 1999. L’Angliru sera au menu de la 17e étape de la Vuelta 2023, pour une nouvelle arrivée spectaculaire et sûrement décisive.

Chiffres et caractéristiques de l’Angliru :

  • Situation : Riosa, Asturies (15 km au sud d’Oviedo) ;
  • Massif : sierra del Aramo, pics d’Europe, monts Cantabriques ;
  • Altitude : 1 573 m (point culminant), 1 558 m (arrivée) ;
  • Longueur : 12,4 km (depuis La Vega de Riosa) ;
  • Dénivellation : 1 230 m ;
  • Pente moyenne : 9,8 % ;
  • Pente moyenne des 7 derniers km d’ascension : près de 14% ;
  • Pente maximale : 23,5% au passage de La Cueña les Cabres ;
  • Record de la montée : Roberto Heras en 41’55 (Vuelta 2000).

12 septembre 1999, la naissance du mythe de l’Angliru

Le mythe de l’Angliru est né le 12 septembre 1999, quand on a découvert cette montée inédite qui promettait l’enfer aux coureurs de la Vuelta. Ce jour-là, l’Angliru a fait une entrée fracassante et offert un spectacle mémorable, la pluie et le brouillard s’invitant pour créer une atmosphère apocalyptique qui collait bien à l’hostilité des lieux.

Tous les ingrédients étaient réunis pour faire entrer cette 8e étape de la Vuelta 99 dans la légende. Les fans espagnols ont célébré la victoire du « Chava », José María Jiménez, revenu comme une bombe sur Pavel Tonkov au sommet, pour inscrire le premier son nom au palmarès de l’Angliru. La course a aussi été marquée par la chute du maillot de oro Abraham Olano dans la descente de l’alto del Cordal, à l’approche de la montée finale. Il conservait son bien à l’arrivée, mais devait le céder quelques jours plus tard à Jan Ullrich.

Le public sur l'Angliru Vuelta 2011
Le sommet de l’Angliru se perd souvent dans le brouillard. Photo Cor Vos

L’Angliru la montée la plus dure du Tour d’Espagne, mais pas la plus prestigieuse

On peut affirmer sans risque que l’Alto de l’Angliru est bien la montée la plus dure du Tour d’Espagne. Un autre sommet des monts Cantabriques aurait pu lui contester ce titre, le Cuitu Negru, mais la Vuelta n’a visité les lieux qu’une fois, en 2012. Les organisateurs ont sans doute jugé que cette difficulté dépassait la limite raisonnable.

On flirte aussi avec l’acceptable sur l’Angliru, mais au contraire du Cuitu Negru, cette montée hors-norme s’est immédiatement forgée une solide réputation. Pourquoi une montagne entre-t-elle dans la légende du cyclisme ? On ne juge pas seulement la difficulté, mais aussi le site, l’atmosphère, les drames de la course, les vainqueurs, le spectacle. Et l’Angliru coche toutes les cases.

L’Angliru, le K2 de la Vuelta

Le Tour de France a le mont Ventoux, le Tourmalet, l’Alpe d’Huez, le Galibier… Le Tour d’Espagne a aussi ses sommets mythiques : la Sierra de La Pandera, La Covatilla, les Lacs de Covadonga, l’Angliru… Niveau prestige, l’Angliru s’incline humblement devant la montée des lacs de Covadonga. Daniel Liebe, dans Le Guide pratique des cols d’Europe (GEO Editions) propose une comparaison pertinente. Les Lagos de Covadonga seraient l’Everest de la Vuelta (le sommet le plus prestigieux et le plus symbolique) et l’Angliru correspondrait au K2 (inférieur en altitude mais plus difficile et plus dangereux à escalader). L’Alto de l’Angliru est ainsi présenté comme une montagne hostile réservée à une certaine caste de grimpeurs.

Le Monte Zoncolan, le seul rival de l’Alto de l’Angliru

Pour trouver un rival à l’Angliru, inutile de regarder vers le Tour de France, qui ne risque pas trop l’aventure vers les sommets hors-cadre. Le col de la Loze est une exception et ses ruptures de pente ne correspondent pas exactement au profil régulier et très pentu de l’Angliru. Dans ce domaine, seul le Monte Zoncolan dans les Préalpes carniques peut vraiment matcher avec la montagne asturienne. C’était une question de suprématie à l’époque, entre le Giro et le Vuelta, de savoir qui possédait la montée la plus dure.

En 1999, l’Angliru avait détrôné le Mortirolo, autre montée star du Tour d’Italie, poussant ses organisateurs à sortir la carte Zoncolan en 2003. Ce n’est pas un hasard si le double vainqueur du Zoncolan, Gilberto Simoni, a aussi triomphé à l’Angliru. La réciproque est presque vraie, puisque Alberto Contador, qui gagne l’Angliru en 2008 et 2017, fait deux au Zoncolan en 2011 (avant déclassement).

L’Angliru, une montée spectacle critiquée par les coureurs, mais qui ravit les fans

Évidemment, l’Alto de l’Angliru arrive sur la Vuelta 1999 au cœur des années sombres du cyclisme, dans un contexte où les organisateurs cherchent à attiser le spectacle en augmentant la difficulté des étapes – une dynamique qui n’était pas de nature à faire baisser la courbe du dopage. Tellement difficile, l’Angliru avait été plutôt mal accueilli par les acteurs de l’époque. Même Leonardo Piepoli, l’un des premiers à repérer la montée, l’avait jugée « impossible ». David Millar, sur l’étape de l’Angliru épisode 2002 (encore marquée par la pluie), avait abandonné juste au sommet pour protester contre les conditions dantesques que les coureurs devaient affronter.

« Mais qu’est-ce qu’ils veulent vraiment ? Du sang ? Ils nous demandent de rester clean et d’éviter le dopage, et après ça ils obligent les coureurs à s’attaquer à des trucs barbares comme ça ».

Vicente Belda, manager de l’équipe Kelme
Oscar Sevilla Angliru 2002 triple plateau
Comme de nombreux autres coureurs, Oscar Sevilla avait affronté l’Angliru avec un triple plateau, en 2002. Photo Cor Vos

La Cueña les Cabres et son passage à 23,5%

La difficulté de l’Alto de l’Angliru ne s’apprécie pas seulement sur les 12,4 km de la montée officielle. L’Angliru est indissociable de l’alto del Cordal (5,4 km à 9,2% de moyenne), qui lui sert de tremplin et dont la descente a causé un nombre incalculable de chutes depuis 1999.

La route qui mène au sommet de l’Angliru n’a été asphaltée quand 1997, pour les besoins de la course. Elle suit un ancien chemin de chèvres qui monte sur un plateau sauvage rempli d’affleurements rocheux.

Le début de l’ascension, de La Vega de Riosa jusqu’au replat de Viapará, reste dans la norme (8-9 % de moyenne sur 4 km). Ensuite, la pente se dresse brutalement et ne s’apaise que dans le dernier kilomètre, qui termine en descente. Avant la bascule, il faut escalader 6 km à plus de 13% de moyenne. Des panneaux au bord de la route annoncent la couleur en indiquant la pente max pour chacun des six tronçons qui composent ce mur :

  • Les Cabanes (21,5%) ;
  • Llagos (13,3%) ;
  • Los Picones (20%) ;
  • Los Cabayos (19,9%) ;
  • La Cueña les Cabres (23,5%) ;
  • El Aviru (21,6%).
Profil Alto de l'Angliru

Les vainqueurs de l’Angliru sur le Tour d’Espagne :

  • 1999 : José María Jiménez ;
  • 2000 : Gilberto Simoni ;
  • 2002 : Roberto Heras ;
  • 2008 : Alberto Contador ;
  • 2011 : Juan José Cobo (déclassé) / Wout Poels ;
  • 2013 : Kenny Elissonde ;
  • 2017 : Alberto Contador ;
  • 2020 : Hugh Carthy.
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