Depuis cette année, le monoxyde de carbone est sur les lèvres de beaucoup de suiveurs du cyclisme. Mais que sait-on réellement et qu’apporte-t-il (ou pas) dans la performance ? Tour Magazin, réputé pour ses nombreuses études et ses tests sur les vélos, notamment, a étudié le sujet de très près.
Et si le monoxyde de carbone était le nouveau dopage du monde du cyclisme ? Depuis cette saison, certains coureurs utiliseraient ce gaz afin d’augmenter leur performance. Dans un long papier publié par Radio France, le monoxyde de carbone obtient une large place au milieu des microdoses ou encore des cétones en matière de dopage. Cependant, le média allemand Tour Magazin s’est intéressé de très près à l’utilisation de ce gaz, normalement toxique, afin de booster les performances.
Le monoxyde de carbone, c’est quoi ?
Pour l’être humain, le monoxyde de carbone (CO) est un gaz extrêmement toxique, souvent qualifié de « tueur silencieux » en raison de son absence d’odeur, de couleur et de goût. Il devient dangereux lorsqu’il est inhalé, car il interfère avec la capacité du sang à transporter l’oxygène. Le CO se lie à l’hémoglobine (la protéine qui transporte l’oxygène dans le sang) avec une affinité bien plus forte que l’oxygène, formant de la carboxyhémoglobine. Ce phénomène empêche l’oxygène de se fixer et d’atteindre les cellules et les organes vitaux, ce qui peut entraîner une hypoxie (manque d’oxygène dans les tissus). C’est d’ailleurs ce que recherchent les athlètes et notamment dans le cyclisme.
Les effets d’une exposition au monoxyde de carbone dépendent de la concentration du gaz et de la durée de l’exposition. À faibles concentrations, les symptômes peuvent inclure des maux de tête, des étourdissements, des nausées et de la fatigue. À des concentrations plus élevées ou après une exposition prolongée, les symptômes deviennent plus graves, tels que la confusion, la perte de coordination, des douleurs thoraciques, des troubles visuels, et éventuellement la perte de conscience. Dans les cas extrêmes, l’intoxication peut être mortelle.
5% de performance en plus : d’équipier à vainqueur
Walter Schmidt, professeur et médecin du sport à l’Université de Bayreuth en Allemagne, prévient : « C’est une méthode potentiellement dangereuse, mais qui pourrait remplacer tout entraînement en altitude », a-t-il indiqué auprès de Tour Magazin. En 2020, le professeur et son équipe ont mené une expérience à propos du monoxyde de carbone. Sur un délai de trois semaines, les sujets ont inhalé cinq fois par jour de faibles doses de CO explique le média allemand.
Au bout de trois semaines, le taux d’hémoglobine des sujets a augmenté d’environ 5%. Il en va de même pour la VO2max (consommation maximale d’oxygène), valeur importante pour les sports d’endurance. Il s’agit de la capacité du cœur et des poumons à extraire l’oxygène de l’air et à le transporter vers les muscles. « Une augmentation des performances d’environ cinq pour cent équivaut à un bond en avant dans le sport de haut niveau moderne : un porteur d’eau peut devenir un gagnant », poursuit Tour Magazin.
L’étude révèle que les effets négatifs du monoxyde de carbone sont ressentis jusqu’à 24 heures après les inhalations à petites doses. Cependant, les effets bénéfiques peuvent quant à eux durer plusieurs semaines souligne Tour Magazin. Le corps s’adapte au manque d’oxygène en boostant sa création d’érythropoïétine (produite par le foie et les reins), aussi connue sous d’EPO. Ayant le même effet que les bénéfices cherchés lors d’un stage en altitude chez les cyclistes.
Le monoxyde de carbone, pas interdit par l’AMA
Si les effets du monoxyde de carbone sur les performances des athlètes ne sont plus à prouver, l’AMA (Agence mondiale antidopage) n’a pour autant pas encore interdit l’utilisation de machines permettant l’inhalation de CO. « Cela fait définitivement partie de la liste des produits dopants », déclare le professeur Walter Schmidt dans le papier de Tour Magazin. Pourtant, l’AMA rétorque auprès du média allemand : « Il n’y a pas de consensus quant à savoir si le CO peut avoir un effet d’amélioration des performances, et il n’existe actuellement aucune donnée suffisamment fiable pour étayer cette affirmation ».
L’Agence mondiale antidopage étudie cependant la question de près. Reste à savoir comment détecter l’utilisation d’un recycleur de monoxyde de carbone qui augmente le taux d’hémoglobine, face à un stage en altitude qui aurait le même effet, à l’utilisation des chambres hypoxiques ou même à l’injection de microdoses d’EPO qui semblent, à ce jour, indétectable.
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