Meilleur grimpeur, meilleur sprinteur, meilleur baroudeur,… Ces titres non-officiels sont au cœur des discussions entre fans de cyclisme. TotalVelo a choisi des critères afin de faire ressortir un classement pour chacune de ces catégories, pour les hommes et les femmes. Aujourd’hui abordons la question complexe des baroudeuses du peloton World Tour.
C’est en appliquant pour les baroudeuses la même grille de lecture que dans notre article concernant les baroudeurs qu’un problème est apparu : les échappées victorieuses sont trop rares dans le cyclisme féminin pour en tirer des résultats statistiques pertinents. Seules trois d’entre elles ont triomphé en 2023 en World Tour. Aucune coureuse n’a accompli cette performance deux fois. À ce niveau de rareté, on peut parler d’exploits.
En effet, il arrive fréquemment qu’aucune échappée ne se constitue dans les courses féminines ou que les concurrentes parties tôt soient également reprises précocement. En revanche, les favorites se retrouvent plus rapidement entre elles, donnant lieu à des passes d’armes lointaines régulières dans des coups de bordure ou sur terrain difficile. Nous pouvons difficilement employer le terme de « baroudeuses » pour les qualifier.
Contrairement aux articles précédents, nous nous contenterons ici de revenir sur les rares victoires d’échappées matinales en essayant de comprendre les ingrédients de leur réussite.
N°1 – Alison Jackson sur Paris-Roubaix : la surprise de l’année
Sept coureuses se sont jouées la victoire sur Paris-Roubaix après être sorties dès le kilomètre 20 dans une échappée de 18 unités sans grande favorite mais avec beaucoup d’équipes représentées. Leur avance a atteint 5:40. Les SD Worx ont réagi dès le sixième secteur pavé jusqu’à ce qu’une chute massive dans le secteur de Pont-Thibaut donne du répit au groupe de tête.
Celui-ci garde son rythme et sa cohésion jusqu’aux abords du Carrefour de l’Arbre. Les contres-attaquantes reviennent à dix secondes dans le final mais n’ont plus de forces tandis qu’Alison Jackson et Marta Lach jouent le rôle de moteur au risque d’hypothéquer leurs chances au sprint (ce sera le cas pour la Polonaise) malgré la présence importune de poids morts dont l’équipière de Lotte Kopecky, Femke Markus. La chute de cette dernière sur le vélodrome rend justice au travail de Jackson qui remporte l’Enfer du Nord.
N°2 – Yara Kastelijn triomphe de l’étape marathon du Tour de France
La 4e étape du Tour de France reliant Cahors à Rodez proposait une distance anormalement longue de 177,1 kilomètres. Quatorze coureuses s’échappent dans la première partie de course assez plane, obtenant plus de dix minutes sur un peloton où les grosses équipes jouent aux dupes.
Au sein de l’échappée, Yara Kastelijn bénéficie de la présence de son équipière Marthe Truyen (déjà présente sur Paris-Roubaix). Elle s’en sert de prétexte pour s’économiser en sautant des relais. Sa fraîcheur sera un élément décisif de son succès car l’écart fond lorsque le peloton met enfin en route dans les derniers kilomètres vallonnés. Kastelijn distance ses compagnes à la pédale dans la côte de Moyrazès à 20 bornes du but et conclut en solitaire avec plus d’une minute d’avance. Les autres fugueuses sont dépassées par Demi Vollering dans la bosse d’arrivée.
N°3 – Emma Norsgaard frustre les sprinteuses
La 6e étape du Tour de France entre Albi et Blagnac semble promise aux sprinteuses à la veille des Pyrénées. Agnieszka Skalniak-Sójka et Sandra Alonso s’échappent vers le 30e kilomètre. Emma Norsgaard part en contre, remorque Alonso et rejoint la Polonaise à environ 70 kilomètres de l’arrivée. Leur avance culmine à deux minutes. Une poursuite complexe s’engage avec le peloton. L’équipe dsm-firmenich en est le moteur mais sa sprinteuse Charlotte Kool lâche dans une bosse. La formation néerlandaise dépense une précieuse énergie à la ramener.
Les ralentissements permettent au trio de reprendre le large. Norsgaard et Skalniak-Sójka sont très fortes. Elles lâchent Alonso et font plier les équipières du peloton. Une chute massive à la flamme rouge semble assurer leur destin. Afin d’éviter le traditionnel marquage, Norsgaard anticipe le sprint à 500 mètres de la ligne et résiste seule à la charge des sprinteuses.
Le niveau de course corrélé aux échappées victorieuses?
La principale indication qui ressort de ces récits est que les baroudeuses s’illustrent sur les courses les plus relevées et médiatisées du calendrier, à savoir Paris-Roubaix et le Tour de France. On peut penser au surplus de motivation des attaquantes pour expliquer ce phénomène ainsi que l’effet neutralisant d’un plateau très relevé de championnes et d’équipes, plus enclines à s’observer.
La difficulté est un autre point commun : des distances très élevées favorisent la formation d’une grosse échappée en début de course et l’obtention d’une avance importante. Dans le cas du succès de Norsgaard, le fait que l’on soit au sixième jour et sur un terrain encore vallonné peut rejoindre cette hypothèse.
Enfin, et cela sonne comme une évidence, les échappées gagnantes étaient constituées de coureuses costaudes et déterminées. Il a suffi que la poursuite soit perturbée pour une raison ou une autre pour leur donner une réelle chance de succès face à un peloton émoussé et moins efficace dans le final. Aucune de ces victoires n’a été offerte.

