Le Tour Auvergne-Rhône-Alpes, encore un passage obligatoire pour remporter le Tour ? Le Tour Auvergne-Rhône-Alpes, encore un passage obligatoire pour remporter le Tour ? Photo : A.S.O./ Tony Esnault

Le Tour Auvergne-Rhône-Alpes, ex-Critérium du Dauphiné, a longtemps été considéré comme la répétition générale du Tour de France. Aujourd’hui, il ne couronne plus systématiquement le futur vainqueur du Tour. La course aurait elle perdu de sa superbe ?

Sur le papier, le Tour Auvergne-Rhône-Alpes (ex-Critérium du Dauphiné) offre une préparation idéale pour la Grande Boucle. Course montagneuse au plateau relevé, la course d’une semaine est placée à un mois du Tour de France dans le calendrier UCI. Soit une mise en jambes parfaite, avant de pouvoir récupérer et arriver en forme optimale début juillet.

Le Tour Auvergne-Rhône-Alpes est également une occasion de reconnaître les routes du Tour dans les conditions de course. Cette année, les arrivées de la 8e étape du Tour Auvergne-Rhône-Alpes et de la 15e étape du Tour de France seront jugées au sommet du Plateau de Solaison. Au XXe siècle, les chiffres ne mentent pas : le Dauphiné est la seule course à avoir été remportée par les quintuples vainqueurs du Tour de France (Anquetil, Merckx, Hinault, Indurain).

Une course en baisse d’intérêt pour les champions

Et pourtant, dans la dernière décennie, un chiffre ressort : trois. C’est le nombre de coureurs qui ont réalisé le doublé Tour Auvergne-Rhône-AlpesTour de France ces 9 dernières années. Geraint Thomas l’a fait en 2017, avant de voir Jonas Vingegaard et Tadej Pogačar l’imiter en 2023 et 2025. Le Slovène n’y a participé que deux fois, un maigre total face à ses six participations au Tour de France, pour quatre victoires. Cette année encore, les deux cadors feront l’impasse sur le Tour Auvergne Rhône-Alpes. Mais pourquoi la course alpestre est-elle boudée par les prétendants au maillot jaune ?

Pogačar et Vingegaard roue dans roue sur le Critérium du Dauphiné 2025. Photo : Ivan Benedetto – Sprint Cycling Agency.

Un premier coupable s’avance : le changement de préparation des coureurs. Dans un peloton au niveau de plus en plus dense, il ne reste plus de course de préparation à proprement parler. Conséquence de cette transformation, les coureurs préfèrent multiplier les stages en altitudes. S’ils permettent aux corps de s’habituer aux longs efforts en montagne, comme l’explique la Redbull – BORA – Hansgrohe sur son site, ceux-ci se déroulent généralement quelques semaines avant le Tour de France… Soit exactement sur les dates du Tour Auvergne-Rhône-Alpes !

Mais les stages en altitude n’expliquent pas tout. Une autre transformation du cyclisme mondial est sans doute à l’origine de cette baisse de participation au Tour Auvergne-Rhône-Alpes. En effet, depuis quelques années, les grands champions se distinguent par leur capacité à gagner sur tous les terrains. Le cannibale Tadej Pogačar connaît depuis 2022 des campagnes de classiques chargées (5 participations à Milan-San Remo, 4 au Tour des Flandres et à Liège-Bastogne-Liège, 2 à Paris-Roubaix depuis 2022). Il s’est même offert le doublé Giro-Tour en 2024, comme Jonas Vingegaard cette année. Dans ces calendriers chargés d’objectifs majeurs, difficile de faire de la place pour le Tour Auvergne-Rhône-Alpes, course de préparation par excellence.

Les sprinteurs peu à la fête

Mais puisqu’une course ne se limite pas à ses étapes de montagne, il convient de mentionner également de mentionner la présence des sprinteurs sur le Tour Auvergne-Rhône-Alpes. Pour cette caste cependant, la même logique tient ces dernières années : les hommes rapides désertent également la course. Et pour cause : en 2022, 2023 et 2025, seulement deux étapes du Tour Auvergne-Rhône-Alpes s’étaient conclues avec un sprint massif, lorsqu’en 2024 Mads Pedersen s’était imposé lors de la 1ère et seule étape promise aux sprinteurs. Cette année encore, le Tour Auvergne-Rhône-Alpes n’offre pas beaucoup d’occasions pour les sprinteurs de s’exprimer. Seules la 5e étape, et dans une moindre mesure la 4e, plus accidentée, semblent pouvoir se terminer en sprint massif.

Mads Pedersen, seul sprinteur qui a pu lever les bras sur le Critérium du Dauphiné 2024. Photo : Dario Belingheri – Getty Image

Si le Tour Auvergne-Rhône-Alpes n’a jamais été réputé pour être plat, les sprinteurs ont aujourd’hui d’autres occasions de s’exprimer. La Brussels Cycling Classic et Le Copenhagen Sprint, créés en 2025 et se tenant en même temps que le Tour Auvergne-Rhône-Alpes, attirent les meilleurs sprinteurs du plateau, qui délaissent par conséquent la course alpestre. Ces courses aux plateaux de sprinteurs plus denses semblent offrir une meilleure préparation pour les sprints massifs sous tension de la Grande Boucle.

Seixas pour faire mentir les chiffres

Boudée par les grimpeurs, évitée par les sprinteurs, la course est-elle condamnée à devenir une procession de seconds couteaux ? L’édition 2026 nous offrira certainement des réponses. Car un homme de 19 ans peut faire mentir toutes les statistiques : Paul Seixas. Contrairement à ses deux adversaires majeurs sur le Tour, Pogačar et Vingegaard, le prodige français a fait le choix fort de participer à l’édition 2026 du Tour Auvergne-Rhône-Alpes. Sur la course qui l’a révélé l’an dernier, Paul Seixas arrive avec de grandes ambitions au classement général. Ses performances sur le Tour Auvergne-Rhône-Alpes et la Grande Boucle cette année nous révèleront si l’ex-Critérium du Dauphiné reste un incontournable pour préparer le mois de juillet.

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