La chronique Cindy Pomares : Les hommes de l’ombre La 4e Chronique de CIndy Pomares s'intéressent aux personnes de l'ombre : le staff. Photo : Cor Vos

Cindy Pomares, sociétaire de l’équipe britannique Awol O’Shea se livre sans détour dans sa chronique sur le cyclisme féminin. Elle nous plonge dans un inventaire détaillé du staff des équipes, jetant un véritable éclairage bien mérité sur ces hommes et femmes, qui dans l’ombre, contribuent à écrire la belle histoire du cyclisme féminin.

Bienvenue dans ma chronique spécialisée sur le cyclisme féminin. Si vous êtes prêts, alors prenez un ticket, car aujourd’hui on parle du staff ! Cette 4eme chronique a mis un peu de temps à sortir du clavier. Le Tour de France 2023 haletant, spectaculaire et long de 4 semaines est passé par là. J’ai souhaité reprendre mes esprits avant de me plonger dans cet article sur un sujet qui me tient tout particulièrement à cœur.

Le Tour de France Féminin nous a offert un spectacle grandiose, mettant en lumière plusieurs facettes du cyclisme féminin. D’une part, la domination toujours aussi solide de l’équipe SD Works, qui règne en maître depuis le début de la saison et plus particulièrement « la grande révélation » de Lotte Kopecky, déjà connue pour sa puissance, mais qui a surpris beaucoup de monde en démontrant des talents de grimpeuse lors de l’étape du Tourmalet, après 6 jours en jaune.

D’autre part, une équipe Fenix Deceuninck qui s’est illustrée à la belge, en déployant une remarquable performance tant sur le plan offensif que tactique, obtenant ainsi une reconnaissance bien méritée (notamment Yara Kastelijn élue la plus combative du Tour). Nous avons également eu le plaisir de voir la réussite de la jeune et pétillante maillot blanc, Cédrine Kerbaol de Ceratizit-WNT Pro Cycling, pour le plus grand bonheur des passionnés et du clan français.

Demi Vollering gagne Tour de France Femmes 2023
Demi Vollering a remporté le Tour de France Femmes 2023 devant sa coéquipière Lotte Kopecky. Photo : Cor Vos

Les hommes et femmes de l’ombre

Mais derrière toutes ces performances, déceptions, victoires ou combats contre les hors délais, il y a des hommes et des femmes qui œuvrent dans l’ombre, gèrent, propulsent, encouragent et apportent leur expertise au développement du cyclisme féminin, en plein essor.

Laissez-moi vous les présenter sous forme d’échiquier. Car rappelons-le, tout cela n’est qu’un jeu ! Et comme dans tout jeu ; les frustrations, les pertes, les erreurs de ce Tour ne sont qu’apprentissage pour la prochaine partie.

  • Le Manager

La Tour du jeu d’échecs. Aux quatre coins de la saison, il protège, structure et gère son équipe. Par ses choix, il est la Tour de contrôle.

  • Le ou les DS : directeur sportif

Le cavalier du jeu, l’homme qui met en place la stratégie. La petite voix que tu entends pendant toute la course et qui te rassure, te renseigne, te booste, t’oriente sur tes actions. Un cavalier qui te fera passer par une case à droite ou à gauche pour aller tout droit, en toute confiance et presque les yeux fermés. À l’image d’une Demi Vollering qui aura eu besoin d’un « Top » de la grande Anna Van der Breggen pour porter son estocade fatale à Van Vleuten dans les derniers kilomètres du Tourmalet.

  • Le ou les Soigneurs

Le fou. C’est le meilleur ami et confident de toutes les coureuses. Il prépare les ravitos, il masse, il conduit, il chouchoute et carbure au Monster. C’est l’homme qui arrive à être sur la ligne de départ pour récupérer tes dernières affaires et te donner un dernier petit « Success » surmotivant, qui se trouve à plusieurs points de ravitaillement sur le bord de la route pour te sauver de la déshydratation, et qui t’accueille en zone d’arrivée avec les victuailles et le petit clin d’œil : « Good Job ! »

  • Le ou les Mécanos

Le roi. Selon moi, il est clairement l’homme qui a le droit de vie ou de mort sur toi. Le premier homme à te relever en cas de chute et à t’aider lorsque ta machine déraille. Il est l’homme de confiance à qui tu prêtes ton fidèle destrier avant/après la course et qui connaît tes moindres détails physiques par cœur, de la hauteur de ta selle à ton poids pour tes pressions des pneus.

Et qui est donc la Dame ?

Ce sont elles ! Toutes les femmes, coureuses qui, armées de différentes caractéristiques, points forts et points faibles, s’empilent ensemble pour gagner la bataille.

Il reste donc les pions. Loin de moi l’idée de dénigrer qui que ce soit, mais la ligne arrière est déjà remplie. D’ailleurs, pour les fins connaisseurs d’échecs, il est clairement important de compter sur l’ensemble de ces pions pour démarrer la partie et pour avancer vers le but. Ces pions représentent pour moi les assistants, les Community managers, les secrétaires, les entraineurs, les analystes DATA, les cuisiniers, les nutritionnistes… Il est clair que certaines équipes continentales partent avec un échiquier bien moins fourni que les équipes WorldTour.

Quelles différences de staff entre les équipes ?

D’ailleurs parlons un peu chiffres, et prenons en exemple ce dernier Tour de France en termes de staff entourant les 7 coureuses réglementaires :

  • FDJ-Suez : 31 personnes
  • Arkea Pro Cycling Team : 15 personnes
  • Cofidis : 13 personnes
  • Lifeplus Wahoo : 15 personnes

L’édition 2023 aura donc montré que ces différences importantes et notables en nombre de staff ne sont pas forcément déterminantes en termes de résultats… En effet, une fois sur la ligne de départ, les équipes disposent toutes de 14 jambes et 7 têtes pour venir à bout des 956 km du parcours.

Et les véhicules dans tout ça…

Parlons maintenant des véhicules, car il faut réussir à loger tout ce petit monde. Il est évident qu’il y a une hétérogénéité flagrante en matière de véhicules dans les paddocks. Certaines équipes disposent de luxueux motor-homes, d’autres se contentent de bus, de camper, de vans ou de voitures. Il y a même ceux qui ajoutent une touche de nostalgie en utilisant une vieille Peugeot 504 comme voiture suiveuse pour le contre-la-montre (Ceratizit WNT Pro Cycling).

Ca change quoi ? Des variables lors des briefings où certaines coureuses sont assises sur des sièges individuels climatisés dans un bus, tandis que d’autres sont un peu plus serrées dans un camper, et que certaines autres se retrouvent simplement à l’air libre, assises sur des sièges de camping devant la voiture.

Mais encore ? Bus ou non : un confort pour les trajets. Mais voyons la petite bête de notre point de vue, à hauteur de chaise de camping :  ça demande un chauffeur de bus qualifié et ça fait perdre un sacré temps pour se garer par rapport à la Skoda !

Camion atelier : Allez demander aux mécanos, lorsqu’ils doivent s’occuper des vélos la nuit, changer des pattes de dérailleur ou tout simplement de les laver. Cela se fait bien plus confortablement avec l’accès à l’eau, à l’électricité et sous un toit, plutôt qu’avec des lingettes.

Camper ou non : La différence se fait principalement sur la douche, les toilettes, et bien sûr, le café. Sans douche à l’horizon, je vous laisse imaginer les longs trajets retours après les courses belges poussiéreuses (on valide donc les fameuses lingettes). Pour les toilettes, sans entrer dans les détails, le pipi nature est délicat à caler dans le protocole pré-course. Enfin, la différence entre le café lyophilisé au lieu de la divine machine électrique est conséquente.

Je vous fais fi des camions cantine, camion cuisine, camion de récupération, 2e, 3e ou 10e voitures… Bref, vous l’aurez compris, les différences de budget se traduisent par des différences de confort qui peuvent avoir un impact sur les performances. A vous de juger ! Evidemment, lors du Tour de France, toutes les équipes se mettent sur leur 31, quitte à taper un peu dans la banque. Il est clair que les plus grandes disparités sont visibles sur les courses de niveau Continental.

Après cette longue énumération, je tenais à exprimer ma profonde reconnaissance et porter haut mon bidon pour toutes les personnes qui soutiennent les équipes féminines et méritent une véritable distinction. Leur dévouement est essentiel pour le succès et l’épanouissement du cyclisme féminin qui se trouve à l’aube de sa notoriété.

« Faire partie du staff exige également du temps, de la passion »

Même si les grandes équipes parviennent à salarier de plus en plus de membres du staff, les vacations et le bénévolat restent encore présents, notamment sur le circuit Continental (c’est-à-dire pour plus de 50 équipes). Ces hommes et femmes dédient de nombreuses heures de leur vie aux équipes, que ce soit lors des trajets, des week-ends de course ou de la préparation de ces longues saisons. Ils mènent une vie de passionnés en suivant les courses et en prenant soin des coureuses. Lorsqu’on voit des équipes telles que Arkea Pro Cycling Team et Team Coop Hitec Products repartir du Tour de France sans aucun gain financier – primes, il est difficile d’imaginer l’investissement en termes de temps, d’argent et de passion qu’ils ont déployé pour cet évènement et sa préparation. Ne pourrions-nous pas envisager un gain minimum de reconnaissance ? Nous y reviendrons.

En effet, tout comme les coureuses passent des heures en selle pour accomplir leur travail avec rigueur et engouement, faire partie du staff exige également du temps, de la passion et le désir de vivre des expériences enrichissantes, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Il est essentiel, selon moi, de ne pas s’écarter de ce processus et de ne pas reléguer ces passionnés en coulisses au profit d’une professionnalisation extérieure, détachée de l’essence même de ce sport et de l’effort collectif.

Le cyclisme féminin est une histoire de passion, de dévouement et de travail d’équipe. C’est la sueur et la détermination de chaque personne impliquée, des coureuses aux membres du staff, qui contribuent à faire vivre et progresser ce sport. Il était donc important pour moi, de mettre en lumière ces héros de l’ombre et de reconnaître leur contribution inestimable. De quoi leur donner la place qu’ils méritent dans l’histoire du cyclisme féminin, qui ne cesse d’écrire de nouveaux chapitres, à la plus grande satisfaction de mon clavier.

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