Willunga Hill est de retour sur le parcours du Tour Down Under après une année d’absence. Ascension emblématique de la course, elle ne suffit pourtant pas toujours à faire la différence.
Willunga Hill, ou plutôt Old Willunga Hill puisque cette route longe une voie rapide, est l’ascension qui symbolise le Tour Down Under. Présente depuis longtemps au parcours, ce n’est qu’à partir de 2012 que l’arrivée a été située au sommet par les organisateurs, faisant de cette course de sprinteurs une épreuve pour puncheurs-grimpeurs. En effet, avec ses 3 kilomètres à 7,4% de moyenne, la montée est fatale aux grosses cuisses. Elle laisse également l’impression que l’essentiel du classement général s’y joue. Or, les choses sont plus complexes. Ceux qui visent la victoire finale seraient bien inspirés de ne pas tout miser dessus.
Gagner à Willunga Hill est rarement suffisant
Le tableau ci-dessous révèle que le vainqueur de Willunga Hill est très rarement le vainqueur final du Tour Down Under. Ce n’est arrivé qu’une seule fois, en 2017. On pourrait ajouter le cas spécifique de l’année 2020 où un membre de l’échappée a gagné mais où Richie Porte a produit des différences importantes. En revanche, on note que l’étape a généralement engendré un changement de leader (6 fois sur 9).
| Année | Vainqueur | Leader avant l’étape | Leader après l’étape |
|---|---|---|---|
| 2020 | Matthew Holmes | Daryl Impey | Richie Porte |
| 2019 | Richie Porte | Patrick Bevin | Daryl Impey |
| 2018 | Richie Porte | Peter Sagan | Daryl Impey |
| 2017 | Richie Porte | Richie Porte | Richie Porte |
| 2016 | Richie Porte | Simon Gerrans | Simon Gerrans |
| 2015 | Richie Porte | Rohan Dennis | Rohan Dennis |
| 2014 | Richie Porte | Cadel Evans | Simon Gerrans |
| 2013 | Simon Gerrans | Geraint Thomas | Tom-Jelte Slagter |
| 2012 | Alejandro Valverde | Martin Kohler | Simon Gerrans |
L’ère Richie Porte
L’histoire de Willunga Hill a été marquée par Richie Porte qui s’y est imposé six fois entre 2014 et 2019, établissant le record de l’ascension en 2020. L’Australien attaquait toujours au même endroit, un peu avant la flamme rouge et parvenait à faire la différence. Il n’a pourtant gagné que deux fois le Tour Down Under malgré ces démonstrations. Comment l’expliquer?
| Année | Retard de Richie Porte | Temps repris par Richie Porte | Adversaire |
|---|---|---|---|
| 2020 | 2 secondes | 26 secondes (+ 6 bonifications) | Daryl Impey |
| 2019 | 19 secondes | 0 seconde (+ 6 bonifications) | Daryl Impey |
| 2018 | 12 secondes | 8 secondes (+ 4 bonifications) | Daryl Impey |
| 2017 | Leader (22 secondes d’avance) | 20 secondes (+ 6 bonifications) | Esteban Chaves |
| 2016 | 36 secondes | 17 secondes (+ 10 bonifications) | Simon Gerrans |
| 2015 | 15 secondes | 9 secondes (+ 4 bonifications) | Rohan Dennis |
| 2014 | 26 secondes | 10 secondes (+ 6 bonifications) | Simon Gerrans |
Grimpeur exceptionnel, Richie Porte était aussi connu pour sa pointe de vitesse médiocre et sa faible capacité à frotter dans un peloton. Par conséquent, il n’était pas en mesure de lutter pour les bonifications sur les différents sprints, finaux ou intermédiaires. C’était au contraire la force d’un Daryl Impey ou d’un Simon Gerrans, lesquels ont forgé leurs victoires finales sur les autres étapes avant de limiter la casse à Willunga Hill.
Le second élément explicatif est lié à l’ascension elle-même. Porte lâchait tout le monde sur son démarrage dans les pourcentages les plus durs mais perdait du temps sur la fin de la montée, plus roulante. Ses adversaires l’avaient bien compris : la plupart n’ont pas essayé de le suivre et se sont contentés de garder leur rythme, ne pas exploser et finir fort.
On remarque que Richie Porte a remporté ses deux Tours Down Under lorsque deux arrivées au sommet étaient proposées au parcours : Paracombe précédant Willunga Hill. Ainsi les grimpeurs étaient favorisés et les bonifications prises par les puncheurs-sprinteurs n’étaient plus suffisantes. Là encore, on ne peut pas souligner l’aspect décisif de Willunga Hill qui n’a fait que confirmer la hiérarchie entrevue plus tôt dans la course.
Willunga Hill : l’endroit où il ne faut pas exploser
En nous basant sur l’histoire des précédentes éditions du Tour Down Under, nous pouvons conclure qu’il est difficile de produire des différences importantes sur la seule ascension de Willunga Hill, y compris pour un pur grimpeur. Les pertes de temps peuvent être compensées par une chasse aux bonifications efficace durant l’ensemble de l’épreuve.
Néanmoins, être bon à Willunga Hill est indispensable pour gagner le Tour Down Under. Preuve en est le nombre de coureurs ayant perdu le maillot de leader sur ces pentes ou ayant explosé en tentant de suivre les meilleurs grimpeurs. L’erreur serait de tout miser sur l’ascension en espérant y renverser le classement général. Cela a peu de chance de se produire. L’histoire nous montre qu’il n’est pas nécessaire de s’imposer au sommet pour remporter le maillot ocre. Le Tour Down Under est une affaire de régularité qui ne peut se résumer à une seule côte.
Le parcours du Tour Down Under 2024 change-t-il la donne pour Willunga Hill?
Le tracé de l’édition 2024 propose une originalité : l’étape de Willunga Hill, habituellement point d’orgue final de l’épreuve, est cette fois suivie par celle du Mont Lofty. L’ascension est moins dure mais la journée casse-pattes pourrait établir des différences. Ou pas! La hiérarchie établie la veille pourrait au contraire figer la course. Dans ce cas, on pourra acter que c’était bel et bien Willunga Hill qui fut décisive.
L’autre point à prendre en compte est que la côte n’a plus été escaladée par le peloton World Tour depuis 2020 (covid oblige). Entretemps, Richie Porte a pris sa retraite, Daryl Impey aussi. Ce sont donc de tous nouveaux acteurs et potentiellement des scénarios de courses originaux qui peuvent ressortir de ce rendez-vous crucial. Espérons que le spectacle sera à la hauteur des attentes.