Coureur au sein de l’équipe CIC-U-Nantes Atlantique, Maël Guégan s’est livré dans une chronique pour TotalVelo sur les nombreuses chutes qui gâchent le cyclisme ces dernières semaines. Pourquoi ? Que faire pour y remédier ?
Je me pose beaucoup de questions sur mon sport actuellement.
Je ne suis pas un coureur qui tombe beaucoup, je ne me suis jamais rien cassé (même pas la clavicule du cycliste !) et pourtant j’ai pris 3 grosses chutes en moins de 2 mois sur ce début de saison. Je suis pas passé loin non plus de m’exploser dans la moto sur la chute massive de la Roue Tourangelle…
Je n’avais jamais connu de course neutralisée à cause d’une chute en 3 ans chez les pros et je viens d’en vivre 3 en 3 courses (Cholet Agglo Tour, La Roue Tourangelle, Paris Camembert). Il y a eu également une neutralisation sur le GP de l’Escaut féminin et donc, jeudi, sur le Tour du Pays Basque.
Tout d’abord, je pense qu’il y a plus de chutes qu’avant mais surtout que les conséquences de ces chutes sont bien plus lourdes. On en parle davantage et on a donc l’impression qu’il y a en a beaucoup plus qu’avant.
Je me suis donc posé la question, pourquoi ? Pourquoi toutes ces chutes ?
En discutant avec plusieurs coureurs, mais aussi en écoutant et en regardant les messages de passionnés, supporters, acteurs du cyclisme j´ai pu lister plusieurs hypothèses.
Le matériel en général. En effet, la vitesse ne cesse d’augmenter. Tous les records de moyennes sur les courses sont battus. Les vélos ont énormément évolué en très peu de temps, tout est optimisé en terme d’aero (les textiles, les casques, les pneus, les roues, les cadres…). On monte des plateaux toujours plus grands, certains coureurs ont maintenant des 56×10 !! C’est énorme, ça permet d´atteindre une vitesse phénoménale dans les descentes. A ces vitesses le droit à l’erreur est quasi nul. Les temps de freinage sont augmentés. On monte également des pneus bien plus larges et avec moins de pression qu’avant ce qui procure un grip et confort supérieur.
Cependant, je pense que cela pousse certains à prendre toujours plus de risques, à descendre toujours plus vite. Contrairement à ce que j’ai pu lire sur les différents réseaux sociaux, je ne pense pas (cela reste un avis totalement personnel) que les disques créent plus de chutes. Pour moi il y a un vrai décrochage du nombre de chutes cette année alors que le passage en disques s’est fait depuis déjà plusieurs années. Alors oui les disques permettent de prendre plus de risques également, dans le même registre que les pneus, en freinant le plus tard possible mais ils sont aussi un atout ! Ils ont peut être causé des chutes mais il faudrait aussi comptabiliser combien ont été évitées grâce à eux (freinage d’urgence en peloton quand ça tombe devant, très bon freinage sous la pluie qui évite les tout droits dans les descentes).
À cette augmentation de la vitesse, il faut ajouter plusieurs facteurs, qui, combinés donnent de grosses chutes avec de graves conséquences. La pression est un de ses facteurs (pression médiatique, pression des points UCI, pression des contrats courts), comme l’augmentation du mobilier urbain, la prise de caféine en grande quantité par certains ainsi que les oreillettes. En effet, elles peuvent permettre de prévenir de zones dangereuses mais elles augmentent surtout la tension et la nervosité dans le peloton quand 150 coureurs reçoivent la même consigne de se replacer au même moment. 150 coureurs qui doivent être dans les 20 au prochain changement de direction.
Enfin, je dirai que les coureurs sont le facteur principal de chutes. Comme dans la société actuelle je pense qu’il y a des problèmes d’éducation, de respect, d’égoïsme… Dans ses livres, Guillaume Martin dit que le peloton est le reflet de la société. On y retrouve de très bons mecs comme des mauvais. Je trouve qu’il y a même une augmentation des comportements agressifs. La prise de caféine n’aide pas. Elle provoque beaucoup d’excitation, d’euphorie et de mauvaise appréciation des distances et des freinages. Personnellement, je suis contre.
Alors que faire ?
Ces idées n’engagent que moi mais pourquoi ne pas imaginer une limitation du braquet pour réduire les vitesses ? Un braquet de 53 ou 54×11 serait sûrement bien suffisant…
J’aimerais également voir l’apparition de petites caméras sur l’ensemble des vélos. Les commissaires pourraient ainsi voir et sanctionner les comportements dangereux dans le peloton (et par la même occasion, les jets de papiers dans la nature ! Car oui, certains n’ont toujours pas compris que notre planète va mal et continuent de jeter leurs papiers par terre).
L’interdiction des oreillettes pourrait diminuer un peu la tension dans le peloton et même si cela ne permettait pas de réduire le nombre de chutes, ça pourrait au moins permettre de voir des courses plus débridées et de mieux récompenser les coureurs fins tacticiens.
Enfin, je rêve qu’une marque de textile crée une nouvelle matière nous protégeant. On atteint parfois 100km/h ! 100km/h à vélo, sur des pneus de 3cm de large avec pour seule protection, un casque et une fine couche de textile. Tous les coureurs ont des cicatrices au niveau des hanches par exemple. Ne serait il pas possible d’imaginer un textile renforcé à cet endroit qui ne puisse pas se déchirer tout en restant léger et respirant ?
En attendant que des mesures soient prises, je pense que c’est notre devoir à tous de faire un effort, d’essayer de diminuer cette tension, de mieux prévenir les dangers, de mesurer nos prises de risques de discuter avec les coureurs dangereux. Juste de se respecter.

