Cindy Pomares, sociétaire de l’équipe britannique Awol O’Shea se livre sans détour dans sa chronique sur le cyclisme féminin. Elle décrypte le quotidien estival des cyclistes professionnelles en quête de dossards et / ou d’entrainements.
Bienvenue dans ma chronique spécialisée sur le cyclisme féminin. Si vous êtes prêts, alors nettoyez vos lunettes de soleil, on part en balade sur la belle saison.
« Alors, ces vacances ? » C’est la question qui revient inlassablement au cours de ces deux mois de congés pour la plupart des gens, en particulier pour les fonctionnaires ou les enseignants d’EPS comme moi.
J’essaye tant bien que mal de l’éviter et de construire une réponse pondérée pour la journée de pré-rentrée du 1er septembre, veille de WorldTour à Plouay, soit dit en passant ! (Retour imminent de la double casquette…). « Mes vacances ? » Un réveil matinal 7J/7 de la semaine pour échapper aux fortes chaleurs, des heures de selle et de voiture dans l’Espace Renault chargé avec plus de roues et de cuissards que de robes d’été.
Le cyclisme professionnel exige une discipline rigoureuse, non seulement sur la route, mais aussi en dehors. Je suis engagée corps et âme dans ce métier, et cela se reflète dans mon quotidien estival : mon compte AirBnb fonctionne à plein régime, je détourne le regard devant les marchands de glace, je programme davantage mes siestes que mes sorties plage, je limite les soirées nocturnes à une seule sur les deux mois : « Bon, c’était le mariage de ma sœur, donc ça ne compte pas vraiment… » Bref, je suis totalement investie dans cette « double » carrière.
L’indispensable de l’été de la coureuse cycliste
Listons les indispensables de l’été, selon moi :
1. Lieu d’entraînement propice : Trouver un endroit idéal pour s’entraîner, où réaliser les séances et les intensités dans des conditions optimales, à l’abri de la circulation. Perso, la montagne est souvent mon terrain de prédilection.
2. Le compteur : Le combo compteur / radar reste le meilleur allié, enregistrant chaque kilomètre parcouru avec un transfert presque immédiat sur Strava (Mantra du « ce qui n’est pas sur Strava, n’existe pas ») L’option « revenir au point de départ » est une bénédiction, surtout si votre sens de l’orientation est proche du mien.
3. Programme de courses : Un programme de courses de fin de saison qui te donne l’eau à la bouche et permet de répondre aux marcheurs qui te croisent bouche ouverte ou plutôt t’entendent avant de te croiser que « tout est sous contrôle ».
4. Machine à laver : Une location avec une machine à laver est essentielle. Pas besoin de rentrer dans les détails…
5. Style et confort : L’été ne signifie pas nécessairement abandonner son style. Bien que la crème solaire puisse être remplacée par un peu de monoï. Ça tic chez moi, lorsque le maillot cède sa place au marcel ou pire encore ; lorsque la chaussette devient socquette. A bon entendeur !
Un été acharné, pour préparer la fin de saison
Pour une bonne partie des cyclistes du peloton professionnel : les vacances d’été ressemblent dans les grandes lignes au quotidien, avec quelques degrés en plus : EXACT, mais pas pour la prof d’EPS parisienne que je suis.
L’été, représente souvent pour moi le moment où il faut s’entraîner en solitaire, avalant des kilomètres dans le calme de sa propre compagnie. La saison passe à une vitesse vertigineuse, (presque aussi vite que les vacances me dirait-on), c’est pourquoi je fais partie de celles qui accordent une grande importance à un précieux bloc de trois semaines en altitude. Cette période cruciale permet de récupérer des efforts de la première moitié de la saison et de se préparer mentalement et physiquement pour ce qui reste.
Juillet / Août représente une période particulièrement chargée pour les Top cyclistes professionnelles. C’est la saison des grandes courses : le Tour de France et les Championnats du Monde notamment.
L’équilibre entre la performance brute avec dossard épinglé en bas du dos et le travail sous l’iceberg est tendu. Derrière chaque performance, il y a des semaines, voire des mois, d’entraînement intensif qui les préparent. Il faut donc jongler et planifier les périodes entre entrainements, dossards et récupération.
Un été à la recherche d’un contrat ?
Finissons cette petite chronique sur la partie immergée de l’iceberg, bien amochée par les périodes de fortes chaleurs. Effectivement, l’été marque également le début d’une période stressante et cuisante pour de nombreuses coureuses en quête de nouveaux contrats. La tension monte généralement après les Championnats de France en juin, moment où les discussions sur le renouvellement de contrats ou le désir de changer d’équipe commencent à se cristalliser.
Certaines ont la chance d’avoir les ressources financières et les résultats sportifs nécessaires pour être représentées par un agent, écartant ainsi une grande part de l’angoisse de la « roulette russe » que représente la recherche d’une nouvelle équipe. D’autres attendent patiemment qu’un coup de fil salvateur ou une opportunité exceptionnelle surgisse après une sortie pancarte éclatante. D’autres encore sont proactives, envoyant PPR et CV, espérant que leur talent et profil attirent l’attention des directeurs sportifs.
En conclusion, c’est un sport exigeant, mais les récompenses en valent la peine, même si elles ne se mesurent pas toujours en victoires ou en contrats. C’est personnellement ma plus belle aventure de vie, aussi exigeante soit-elle !

